De la communion d’amour trinitaire à la communion fraternelle en paroisse

Homélie du père Nathanaël Valdenaire pour le dimanche de la sainte Trinité (11 juin 2017,  10h30 et 19h)

Frères et sœurs,

En cette fête de la Trinité, je voudrais repartir de cette formule de salutation que l’on a entendue dans la lettre de Paul et que j’ai reprise au début de cette messe « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous. »

Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec vous

D’abord « que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec vous« . Qu’est ce que cette grâce ? Une grâce c’est un don gratuit de Dieu. La grâce du Seigneur Jésus Christ, et bien c’est le don gratuit qu’est Jésus lui-même. Jésus est Le don gratuit de Dieu pour nous. C’est ce que proclame avec force saint Jean dans l’évangile d’aujourd’hui : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ». Dieu par pur amour pour le monde, par pur amour pour nous, sans mérite de notre part, a donné gratuitement ce qu’il a de plus précieux : son fils unique. Dieu a donné son fils pour que tous ceux qui croient en lui aient la vie éternelle, le salut.

Ce don nous est fait continuellement. A chaque eucharistie, Jésus donne non pas « quelque chose » mais il se donne lui-même ; il offre son corps et verse son sang : c’est à dire il nous donne la totalité de sa vie. A chaque messe, Dieu nous fait don de son Fils. Il nous donne le pain vivant pour que nous ayons la vie éternelle, pour que nous soyons sauvés. Dans la synagogue de Capharnaüm Jésus a dit un jour : « C’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel et qui donne la vie au monde. (…) Moi je suis le pain vivant qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde mais pour le sauver. Jésus ne vient pas pour nous juger mais pour nous sauver, alors dans l’eucharistie accueillons vraiment dans la foi Jésus qui vient nous redonner la vie, qui vient nous sauver ! Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec vous !

Que l’amour de Dieu le Père soit avec vous

« Que l’amour de Dieu soit avec vous« , c’est la deuxième partie de la salutation de Paul. Quel est cet amour du Père ? La première lecture nous en a donné une magnifique description. C’est Dieu lui-même qui explique ce que ça veut dire qu’il est amour. En voyant que le peuple d’Israël s’était fabriqué un veau d’or pour l’adorer, Moïse a brisé les tables de la Loi qu’il venait de recevoir de Dieu sur la montagne. Le peuple a péché, l’alliance est brisée. Mais Dieu demande à Moïse de remonter sur la montagne du Sinaï et là il descend auprès de lui et lui révèle son Nom : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Moïse se prosterne alors et il reconnaît l’infinie miséricorde de Dieu : « Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous ton héritage. »

L’amour de Dieu le Père c’est sa tendresse, c’est sa fidélité. Son amour pour nous est éternel et inconditionnel. En même temps, Il est vrai : il nous révèle nos fautes et nos péchés, ce n’est pas un Dieu bisounours. Mais il est lent à la colère et plein d’amour. Toujours il pardonne et sans cesse il renouvelle l’alliance quand nous l’avons brisé. Cela veut dire qu’aucun parmi vous ne doit jamais pensé un seul instant que Dieu ne puisse pas lui pardonner. Quelque soit votre péché, votre infidélité, Dieu ne vous retire pas son amour et sa tendresse. Si vous revenez vers lui, il vous pardonnera toujours. « Que l’amour de Dieu le Père soit avec vous. »

Que la communion du Saint-Esprit soit avec vous

Enfin « que la communion du saint Esprit soit avec vous. » C’est la troisième partie de la salutation de saint Paul. Quelle est cette communion que donne et réalise l’Esprit ? On peut la découvrir dans les exhortations de Saint Paul de la deuxième lecture : « soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix. » Voilà la communion que réalise l’Esprit Saint : c’est une fraternité de joie et de paix. L’Esprit Saint unit les cœurs des disciples de Jésus pour qu’ils recherchent ensemble le bien, pour qu’ils s’encouragent, pour qu’ils soient d’accord entre, pour qu’ils vivent dans l’amour et la paix, pour qu’ils se saluent et échangent cette paix. L’Esprit Saint produit la communion fraternelle qui fait que l’on est heureux d’être ensemble, que l’on cherche à se connaître, à se rencontrer, à grandir ensemble.

Grandir dans la communion fraternelle à l’image de la Trinité

Grandir ensemble ! Voilà une des valeurs que nous voudrions vivre à Saint-Nizier : grandir et grandir ensemble, en frères et sœurs. Car au fond quel est ce mystère de la Sainte Trinité que nous célébrons aujourd’hui ? Le mystère de la Trinité c’est un mystère de communion, de relation interpersonnelle. Dieu n’est pas un Être individuel, autosuffisant et renfermé sur lui-même mais il est une communion d’amour entre 3 personnes qui échangent un amour infini éternellement.

Et quel est le projet de la sainte Trinité ? Et bien c’est de nous faire entrer dans cette communion, c’est de nous faire partager cet échange d’amour éternel. Et par quel moyen Dieu réalise ce projet ? Par l’Église ! L’Église c’est le moyen par lequel Dieu veut faire vivre les hommes de cette communion d’amour ! L’Eglise ce n’est pas le bâtiment froid dans lequel on va chaque dimanche à la messe mais c’est une communion fraternelle entre des personnes que Dieu veut faire vivre de sa vie ! L’Église, la paroisse, est une famille ! La paroisse est le laboratoire pour expérimenter ce qu’est la Trinité : la communion d’amour interpersonnelle. L’Église c’est l’anti-individualisme. C’est un remède contre cette maladie de nos sociétés occidentales qu’est l’individualisme. L’individualisme qui fait qu’on ne s’occupe que de soi-même et que surtout on ne s’intéresse qu’à soi et à ses amis, à ceux qui pensent comme nous, à ceux que l’on a choisi. L’Église est un antidote à cela, car dans l’Église Dieu nous met avec des gens que l’on n’a pas choisi. Il nous offre cette possibilité merveilleuse de sortir de nous-mêmes, d’être lié à des gens qui ne sont pas comme nous, qui ne pensent pas comme nous, qui ne sont pas du même milieu que nous, de la même origine que nous, etc. Et c’est un cadeau immense car c’est comme cela que l’on grandit dans l’amour véritable.

Frères et sœurs, par quel moyen Dieu construit-il son Église ? par quel moyen Dieu créé-t-il cette communion interpersonnelle, cette communion fraternelle entre nous ? Par le baptême et l’eucharistie. Le baptême d’abord nous fait entrer dans l’Église, il nous fait devenir fils et filles de Dieu et donc frères et sœurs. Aujourd’hui nous avons la grâce d’accueillir deux nouvelles petites sœurs dans notre communauté. Rendons grâce à Dieu ! L’eucharistie ensuite construit jour après jour cette communion. Le but de l’eucharistie frères et sœurs, ce n’est pas que nous assistions à la messe en mode perso, comme on va au cinéma ou au théâtre, sans se préoccuper de ceux qui sont assis à côté de nous… ce n’est pas que nous recevions chacun Jésus dans notre petit cœur pour repartir ensuite chacun chez soi avec son Jésus à soi en se disant : « j’ai eu ma messe »… La gangrène individualiste s’est malheureusement infiltrée dans nos paroisses catholiques et je crois que nous avons tous à nous convertir sur ce point. Nous passons à côté de l’eucharistie si celle-ci ne nous rapproche pas de ceux et celles qui sont assis maintenant autour de nous. Le but ultime de l’eucharistie c’est la communion fraternelle entre nous par le fait que nous communions tous au même pain, au même corps du Christ, et c’est l’œuvre de l’Esprit-Saint dans la messe. Après que le pain et le vin soient transformés par la puissance de l’Esprit en corps et sang du Christ, le prêtre invoque l’Esprit-Saint sur l’assemblée et dit : « quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l´Esprit Saint, accorde-nous d´être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. »

Le but de l’eucharistie comme le dit saint Augustin, c’est que nous devenions ce que nous recevons dans l’hostie : le corps du Christ. Après avoir communié, après avoir reçu Jésus dans notre cœur, nous devons devenir davantage corps du Christ ensemble. Par l’eucharistie, nous devenons membres les uns des autres, nous formons un seul corps. Qu’est ce que ça veut dire être un corps si on ne se connait pas, si on ne s’intéresse pas au membre qui est à côté ? Vous imaginez si chaque membre de votre corps fonctionnait en mode perso sans se soucier de l’harmonie de l’ensemble… Oui nous passons à côté de l’eucharistie si nous sortons de l’église comme nous y sommes entrés. Nous passons à côté de l’eucharistie si en sortant de l’église nous ne sommes pas plus un corps, pas plus une famille, si nous ne sommes pas plus frères et sœurs entre nous, joyeux de rencontrer ceux que nous ne connaissons pas encore. « Si tu vois l’amour, tu vois la Trinité » disait saint Augustin. La Trinité veut rendre visible son mystère de communion à travers l’amour qu’il y a entre nous. Alors que la messe produise en nous l’amour fraternel !

 

Depuis quelques mois, on vous invite au début de la messe à saluer un de vos voisins. C’est dans ce but là que nous le faisons : pour que notre paroisse devienne une vraie communauté car l’Église c’est la communion qui découle de cette communion d’amour de la Trinité que nous fêtons aujourd’hui. Alors, pour rendre concret cet appel à ne pas passer à côté de la messe mais à devenir vraiment le corps du Christ, je vous invite à la fin de la messe à « frérer » ! Faites connaissance avec la personne que vous avez saluée au début de la messe, échangez quelques mots, laissez l’amour du Christ vous unir.

 

« Jésus, merci d’être le don gratuit de Dieu pour moi. Père, merci pour ta tendresse et ta miséricorde infinie. Esprit Saint merci pour la communion que tu vas établir entre nous par cette messe. Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen. »