Donne moi à boire

Homélie du Père Nathanaël Valdenaire pour le troisième dimanche de carême (19 mars 2017, 19h)

Lorsque vient la soif…

« Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? » : C’est la plainte du peuple hébreu dans le désert du Sinaï que l’on a entendue à la fin de la première lecture.

Replaçons cela dans le contexte : Le peuple vient d’être libéré par le Seigneur de la dure servitude d’Egypte. Il a vu tous les prodiges que Dieu a accompli pour que pharaon laisse enfin partir le peuple. Il a été témoin de ce grand miracle que Dieu a fait en ouvrant les eaux de la mer rouge pour qu’il puisse traverser à pied, et en refermant la mer derrière lui engloutissant pharaon, ses chars et ses cavaliers. Le peuple a été sauvé par Dieu de l’esclavage, arraché à la main de l’ennemi avec force et puissance. Il a fait une expérience extraordinaire de Dieu et de sa puissance. Comment pourrait-il oublier cela ? C’est impossible…

Et pourtant… Le peuple se retrouve dans le désert et voilà qu’au bout de quelques jours il est sans eau et souffre de la soif. Alors il récrimine contre Moïse : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » En récriminant ainsi contre Moïse c’est en réalité contre Dieu qu’il récrimine et c’est Dieu qu’il met à l’épreuve. Alors qu’il vient d’être sauvé par Dieu, qu’il a expérimenté cette libération extraordinaire, le peuple devient amnésique et doute de la présence de Dieu, doute que Dieu le conduise et lui veuille du bien : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

 

N’est ce pas souvent comme ça dans nos vies aussi ? Nous avons vécu de belles expériences spirituelles, des moments de grâce où nous avons expérimenté que Dieu était là, qu’il nous conduisait. Nous avons fait l’expérience de son salut, de la libération de nos esclavages, de nos pharaons intérieurs, de nos péchés. Dieu nous a délivrés de notre Egypte à nous, de ce qui en nous est païen et idolâtre…  Et puis voilà le temps de l’épreuve et de la souffrance qu’elle entraîne… Le désert : Il n’y a plus d’eau, on a soif… On croyait que Dieu allait nous conduire au bonheur, dans une vie confortable et sans problèmes et voilà qu’on souffre à nouveau. Non pas de la servitude d’avant, mais d’un manque… J’ai soif… Je pensais que je ne souffrirais plus, que Dieu me donnerait tout ce dont j’aurais besoin, que je n’aurais plus jamais soif… Et pourtant j’ai soif, et j’ai l’impression que je suis en train de mourir de soif. Alors je récrimine contre Dieu… Je suis en colère contre lui… Pourquoi permets-tu qu’il arrive cela dans ma vie ? Pourquoi m’as tu conduit jusque là ? Pour me faire souffrir et mourir ?… Puis viens le doute… Dieu est-il bon ou m’a-t-il conduit là pour me piéger et me détruire ?… Dieu m’a-t-il vraiment sauvé ou bien n’était-ce qu’un sursis, une bouffé d’air pour me noyer à nouveau ? Était-ce vraiment Dieu ou une illusion psychologique ? S’intéresse-t-il vraiment à moi ? Existe-t-il vraiment ? Le Seigneur est-il au milieu de nous oui ou non ? Ces questions peuvent habiter nos cœurs lorsque nous sommes dans l’épreuve… Alors viens la tentation de se détourner de Dieu et de se tourner vers les idoles du monde qui semblent désaltérer…

 

Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive.

Que faut-il faire lorsque l’on est dans le désert, lorsqu’on est dans l’épreuve et la souffrance, lorsqu’on ne comprend pas où Dieu nous conduit, pourquoi il permet cela dans nos vies, lorsque l’on doute de sa bonté, voire de sa présence ? … Il me semble que la réponse se trouve dans l’évangile que l’on vient d’entendre… Il est aussi question de soif et d’eau… Cependant ce n’est plus le peuple qui a soif mais Jésus. En Jésus, Dieu s’est fait homme pour éprouver la soif de l’homme… La soif matérielle mais surtout la soif spirituelle… Jésus a pris sur lui toutes nos soifs pour nous révéler ce que nous devons faire lorsque nous éprouvons cette soif, ce manque de sens, ce manque de joie… cette soif de vie véritable, cette soif de bonheur, cette soif d’aimer et d’être aimé… « Donne moi à boire » dit Jésus à la samaritaine. Voilà que le créateur mendie de l’eau à sa créature… Dieu demande à l’homme d’étancher sa soif. De quoi Jésus a-t-il donc soif ? De la foi et de l’amour de cette femme. Oui, le désert c’est le lieu de l’épreuve… L’épreuve de la foi et de la confiance. Vas-tu râler contre moi ou bien vas-tu me faire confiance même dans la nuit ?

« Donne moi à boire » : pourquoi Jésus demande-t-il cela à la samaritaine ? Pour apprendre à l’homme ce qu’il doit faire lorsqu’il est dans l’épreuve. Pour apprendre à l’homme qu’au lieu de récriminer contre lui, il devrait dire à son Dieu : « Donne moi à boire ». C’est bien ce que Jésus essaie de faire comprendre à la samaritaine par cette parole magnifique : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Si vraiment tu me connaissais, si tu te rendais compte à quel point je t’aime et veux ton bien, si tu pouvais réaliser un seul instant combien ta vie est dans ma main, si tu savais ce que je veux te donner, alors plutôt que de récriminer contre moi et douter de ma présence, tu me dirais dans la confiance : « Seigneur donne moi à boire ». Tu veux une preuve que je t’aime ? Ecoute encore saint Paul : « Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs ».

 

Au désert du Sinaï, malgré les récriminations et l’épreuve à laquelle le peuple le soumet, Dieu continue à se donner parce qu’il aime son peuple : « Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ». Ce rocher c’était l’image du Christ à venir comme l’expliquera saint Paul. Par sa mort sur la croix, le Christ a été frappé et il en est sorti de l’eau. Le cœur du Christ a été transpercé sur la croix et de son cœur a jaillit l’eau vive de l’Esprit Saint. L’Esprit Saint, voilà le don de Dieu et l’eau vive dont parle Jésus. « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle ». L’Esprit Saint, c’est ce que nous devons demander au Seigneur et celui qui le demande le reçoit. Lui seul peut étancher notre soif d’amour, notre soif d’absolu. « L’espérance ne déçoit pas, dit saint Paul, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ». Cette samaritaine a essayé de combler sa soif en multipliant les relations amoureuses mais Jésus lui révèle que lui seul peut la combler et lui donner l’eau vive qu’elle recherche. Chacun de nous nous avons nos sources idolâtriques. Des activités, des biens matériels, des relations que nous avons érigé en absolu, pensant qu’elles pourraient étancher notre soif. Mais ces sources sont décevantes et finissent par se tarir. Alors parfois nous changeons de source espérant que celle-là nous comblera enfin… Mais aucune d’entre elles ne donnent l’eau vive. « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »

Ce temps de carême frères et sœurs est fait pour revenir à la source, la vraie : le cœur du Christ d’où jaillit l’Esprit Saint. Entendons cette promesse : il veut nous donner l’eau vive, il veut combler notre soif. « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle ».

 

Comment recevoir cette eau vive ?

Comment recevoir cette eau vive, comment recevoir l’Esprit Saint, le don de Dieu qui apporte avec lui le courage dans l’épreuve, la force de persévérer même quand nous ne comprenons pas où Dieu nous conduit, la joie et la paix profondes, et surtout l’amour qui comble le cœur ?

Et bien tout simplement il faut dire à Dieu : « donne-moi à boire ». Cette demande de l’eau vive de l’Esprit Saint, c’est le but même de la prière. Alors si vous voulez recevoir ce que Dieu veut vous donner, vous devez prier, vous devez adorez. « L’heure vient, dit Jésus, – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père ». Alors je vous propose un exercice concret pour cette troisième semaine de carême. Vous offrez 5 min, 10 min, 20 min, 1h ou 2h de votre temps cette semaine au Seigneur pour venir adorer et vous allez faire cette prière au Père : « donne-moi à boire », vous allez demander l’Esprit Saint.