La souffrance du disciple-missionnaire

Homélie du père Nathanaël Valdenaire pour le XIIème dimanche du temps ordinaire (25 juin 2017, 19h)

 

– Contexte des lectures :

  • Jérémie : Un prophète qui proclame la parole de Dieu et qui est persécuté. Paradoxe : La parole de Dieu est sa joie, sa raison de vivre mais aussi la source de toutes ses souffrances. Parce qu’il proclame cette parole, il est persécuté? mais c’est aussi cette parole qui le fait vivre.
  • Evangile : Mt 10 = Appel des douze disciples. Jésus leur donne pouvoir de chasser les esprits impurs et de guérir les malades. Mt 10, 5 : Jésus envoie les douze en mission avec les prescriptions suivantes : 3Ne prenez ni or ni argent, ni sandales ni bâton… je vous envoie comme des brebis au milieu des loups…3 Et puis très vite il leur parle du fait que les missionnaires seront persécutés : « on vous livrera aux tribunaux, le frère livrera son frère », … Le disciple n’est pas au dessus de son maître… s’ils mont persécuté, ils vous persécuteront…

Puis vient le passage de ce dimanche : ne craignez pas les hommes …

 

– Thème de ce dimanche : le témoignage pour le Christ entraîne la persécution… La parole que je proclame va me faire souffrir mais, en même temps, c’est en elle que je vais trouver réconfort et consolation.

De prime abord, lorsque j’ai lu ces textes, je me suis dit que vous n’êtes pas vraiment concernés par eux… Vous n’êtes pas conduit devant des tribunaux ni livrés par des membres de votre famille du fait que vous évangélisez. Et puis y a-t-il vraiment de grands missionnaires parmi nous ? On n’est pas mis à mort pour notre foi ici, pas encore…. D’autres frères chrétiens oui, ailleurs, l’actualité nous le rappelle souvent … Notre foi peut conduire jusqu’à verser son sang pour le Christ.

Et puis je me suis souvenu de cette parole d’un évêque entendu une fois à un rassemblement : « En Europe le sang des martyrs ce n’est pas celui qui est répandu sur le sol pour avoir été assassinés, mais c’est celui qui monte à la tête des écoliers : ils rougissent parce qu’on se moque du fait qu’ils soient chrétiens, ils sont humiliés…

Cela ça se vit à l’école, mais ça peut se vivre aussi à l’université, au travail, dans la rue… Souvent des jeunes me disent qu’ils n’osent pas dire qu’ils sont chrétiens à la fac, au boulot… C’est difficile, ils n’assument pas, ils ont peur d’être rejetés… Oui c’est difficile : même sans parler de Dieu, sans évangéliser de manière explicite, le simple fait d’assumer d’être chrétien, et d’assumer une manière de vivre qui nous distingue des autres, entraîne souvent la moquerie, la dérision… Assumer au travail ou à la fac qu’on soit allé à la messe le dimanche ; l’assumer en vacances aussi face à son groupe d’ami…  assumer de dire non à telle ou telle activité ou comportement qui n’est pas en cohérence avec la foi… Chacun de vous sans doute pourrait témoigner de quelque chose à propos de cela : soit que le fait d’assumer d’être chrétien ait entraîné de la souffrance… soit témoigner d’une situation où, par peur d’être rejeté, vous n’avez pas assumé d’être chrétien, vous l’avez caché, et parfois vous vous êtes comportés de manière pas du tout cohérente avec votre foi, pour être comme tout le monde…

Être disciple du Christ dans le monde, être missionnaire en témoignant de l’évangile par son comportement entraîne la souffrance. Jésus nous a prévenu : « le disciple n’est pas au dessus de son maître »… Evidemment le but du témoignage ce n’est pas de souffrir, le but c’est d’être fidèle au Christ et de répondre à son appel pour que les hommes le connaissent et reçoivent le salut eux aussi. Le but ce n’est pas de souffrir, c’est d’entrer dans le royaume et d’y faire entrer les autres. Mais cela entraîne de la souffrance.

 

Alors Jésus aujourd’hui vous pose cette question : es-tu prêt à souffrir pour moi ? Acceptes-tu d’être chrétien jusqu’au bout ? Acceptes-tu de me rendre témoignage dans tous les domaines de ta vie ? d’être chrétien et de l’assumer partout, pas seulement à la messe le dimanche mais dans aussi à la fac, au boulot, en famille, avec tes amis, dans la rue, dans tes loisirs, en vacances… ?

Jésus nous avertit que cela va nous faire souffrir parfois, mais la même parole qui nous avertit est aussi la parole qui nous encourage, qui nous réconforte, qui nous console : « ne craignez pas ! »

Ce qui nous bloque dans le témoignage, vous comme moi, c’est la peur : la peur d’être rejeté, d’être moqué, d’être montré du doigt, d’être calomnié, humilié…. Mais Jésus nous dit : « n’ayez pas peur ». « Même si l’on vous rejette, moi je ne vous rejetterai pas, je serai toujours avec vous. Je vous donnerai toujours la force de mon Esprit Saint pour témoigner et pour traverser la souffrance. Vous êtes si précieux pour mon Père que chacun de vos cheveux sont comptés ».

 

Alors frères et sœurs comment grandir dans cette capacité à témoigner du Christ, comment faire pour mieux assumer votre condition de chrétien dans tous les moments de votre agenda ? Et bien il vous faut expérimenter toujours plus cette réalité que le Christ est avec vous, que c’est lui qui vous envoie et vous donne la force de témoigner de lui. Il faut que vous entendiez de lui cet appel à témoigner  à tel membre de votre famille, à tel camarade de fac, à tel collègue de travail ou tel voisin….

Et pour cela il n’y a pas d’autre recette que la prière, que la méditation de cette parole qui à la fois nous pousse à « sortir » comme le dit le pape François, et à la fois nous avertit de la souffrance mais aussitôt nous réconforte.

Et puis il ne faut pas rester seul. Trouvez un groupe où vous pouvez vous encourager, vous stimuler au témoignage avec d’autres chrétiens, vous réconforter quand c’est dur, et surtout où vous pouvez témoigner aux autres et entendre d’eux aussi les merveilles que le Seigneur fait lorsque l’on annonce son Nom.

La messe est nécessaire au chrétien mais elle ne suffit pas. Vous devez prier et trouver des frères pour avancer.

Au début de l’été, des vacances, entendez cet appel à prier, pour avoir une vie chrétienne plus unifiée à la rentrée, pour être plus missionnaire, et réfléchissez comment vous engagez avec le Seigneur l’an prochain pour grandir.