Regarde la Croix

Homélie du père Nathanaël Valdenaire pour le Vendredi Saint 2017

Dieu est mort. Oui en Jésus, Dieu est mort. La personne divine du Fils est mort en notre chair. De quoi est-il mort ? Il est mort d’épuisement, cloué sur une croix comme un criminel entre deux bandits. Vidé de son sang, broyé par la souffrance, sa vie s’est arrêtée. A bout de souffle il a expiré….

 

Mais il y a une réponse plus profonde à cette question : « De quoi est-il mort? » Cette réponse c’est Isaïe qui nous la donne 500 ans avant que cela n’arrive. Nous l’avons entendue dans la première lecture : « En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé… C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause nos fautes qu’il a été broyé ». Dieu est mort de nos douleurs. Dieu est mort à cause de nos fautes et de nos révoltes. Il n’est pas mort seulement parce qu’il y a deux mille ans, il a été trahi par Judas et que les grands prêtres soutenus par une partie des juifs, l’ont livré au pouvoir romain pour qu’il soit crucifié. C’est d’abord à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause nos fautes qu’il a été broyé. Nous n’avons pas voulu de Lui, nous l’avons rejeté. Nous l’avons renié, trahi, abandonné, livré. Nous avons préféré Barabbas à Jésus, nous avons préféré la voix du monde à celle de Dieu. Nous avons préféré sauver notre vie plutôt que de la perdre avec lui, nous avons préféré le mensonge à la vérité, nous avons préféré les rois de ce monde au roi de gloire. Nous avons préféré l’égoïsme au don de nous-mêmes. Nous avons préféré être homme sans lui plutôt que de l’être avec lui et en lui.

 

De quoi Dieu est-il mort ? Il est mort d’amour ! Oui, car ta souffrance, ta douleur, ta révolte, ton péché, il a voulu librement les prendre sur lui par amour pour toi. Il a voulu prendre sur lui ton châtiment pour que toi tu retrouves la liberté. Il a voulu porter ton péché, il a voulu en mourir à ta place, pour que toi tu sois libéré. Il a voulu être frappé pour que toi tu sois caressé et consolé. Il a voulu être blessé pour que dans ses blessures, toi tu trouves la guérison. Il a voulu être humilié pour que toi tu retrouves ta dignité. Il a voulu être tourmenté, angoissé, pour que toi tu retrouves la paix. Il a voulu être méprisé pour que toi tu sois glorifié. Il a voulu être jeté hors de ce royaume terrestre pour que toi tu entres dans le royaume des cieux. Il a voulu mourir pour que toi tu vives !

 

Dieu est mort. Alors que faut-il faire maintenant ? Se lamenter ? Se culpabiliser ? Avoir honte ? Non rien de tout cela… Il faut lever les yeux et regarder : « Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé ». Regarde cette croix, contemple ce Dieu qui s’est livré par amour pour toi. Regarde ses blessures, regarde ses mains et ses pieds transpercés, regarde son côté ouvert, regarde ce corps offert, abandonné, livré. Regarde-le ! Alors l’amour pour lui va naître ou renaître dans ton cœur. Dieu a transformé le bois du supplice en arbre de vie. Dieu a transformé la haine en amour. De cette croix jaillit le salut. Regarde cette croix et reçois la joie ! La joie de compter pour quelqu’un malgré ton péché, la joie d’être aimé, la joie d’être pardonné, la joie d’être sauvé.

 

Tout à l’heure vous allez être invités à venir vénérer la croix. Venez avec tous vos fardeaux, venez avec vos épreuves, vos douleurs, vos souffrances, vos péchés, ceux que vous reconnaissez et ceux que vous n’osez même pas avoués… Déposez tout au pied de la croix, c’est le moment. Déposez tout, ne retenez rien pour vous et regardez là cette croix avec fierté : elle est la preuve que Dieu vous aime, elle est le signe de sa victoire sur toutes vos ténèbres. Elle est notre victoire, la source de notre joie : « Jésus nous te louons, Jésus nous t’adorons, de ta croix a jaillit la joie dans le monde ! Amen ! »